Déclaration d’opérations suspectes au Luxembourg – Nouvelle ligne directrice (Version 2.2, en vigueur le 06/01/2026)

La Cellule de Renseignement Financier (CRF) du Luxembourg a publié la version 2.2 de sa ligne directrice relative à la déclaration d’opérations suspectes, en vigueur le 6 janvier 2026. La ligne directrice remplace le document précédent de la CRF de 2018 et clarifie les attentes pour tous les professionnels soumis à la loi luxembourgeoise LBC/FT. Elle réitère que tout professionnel, ses dirigeants ou employés qui savent, soupçonnent ou ont des motifs raisonnables de soupçonner un blanchiment d’argent, une infraction sous-jacente associée ou un financement du terrorisme doivent déclarer sans délai, en fournissant toutes les informations et documents à l’appui qui ont donné lieu au soupçon. L’obligation de déclaration s’applique que l’opération soit complète ou simplement tentée et indépendamment de la valeur de la transaction ou de la possibilité de déterminer l’infraction sous-jacente.

Qui est concerné et quand un soupçon apparaît

Le champ d’application de la loi LBC/FT comprend les professionnels nationaux, les succursales d’entreprises étrangères au Luxembourg et les professionnels établis à l’étranger fournissant des services au Luxembourg sans succursale locale. Le soupçon est défini au sens large comme un jugement négatif fondé sur des indices, des impressions ou des circonstances plutôt que sur des faits prouvés ; par conséquent, la déclaration ne nécessite pas de preuves, seulement des motifs raisonnables. Le soupçon peut naître de la personne impliquée, du déroulement de l’opération, de l’origine des fonds, de l’objet, de la nature ou du processus de la transaction, et peut concerner le blanchiment d’argent, toute infraction sous-jacente ou le financement du terrorisme, qu’ils soient commis ou tentés.

Clarification sur le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme

La ligne directrice résume le cadre juridique pénal au Luxembourg : le blanchiment d’argent couvre la facilitation de la justification trompeuse de biens, le placement, la dissimulation, le déguisement, le transfert ou la conversion de produits, ainsi que l’acquisition, la détention ou l’utilisation de produits lorsque le bénéficiaire connaît leur origine criminelle. Tout crime ou délit peut constituer une infraction sous-jacente. La tentative de blanchiment est punissable au même titre que les infractions consommées, y compris lorsque les infractions principales ont été commises à l’étranger. Le financement du terrorisme est défini comme le fait de fournir ou de collecter directement ou indirectement des fonds ou des biens, de manière illégale et délibérée, avec l’intention ou la connaissance qu’ils seront utilisés pour commettre des infractions terroristes, même si aucun acte terroriste spécifique n’est identifié. L’obligation de déclaration s’applique à tous les fonds dont on soupçonne raisonnablement qu’ils sont liés au terrorisme.

Comment déclarer : inscription goAML et options de soumission

Avant de déposer une déclaration, les professionnels doivent s’inscrire en tant qu’entité déclarante sur l’application Web goAML de la CRF et désigner au moins un responsable de la conformité. L’inscription est obligatoire et permet une coopération rapide en cas de demandes d’informations. Une fois validés, les utilisateurs peuvent soumettre des déclarations en ligne à l’aide des formulaires de la CRF ou télécharger des exportations XML de leurs systèmes internes. La CRF fournit des formulaires distincts pour distinguer le blanchiment d’argent du financement du terrorisme et pour différencier les déclarations d’opérations suspectes (DOS) des déclarations d’activités suspectes (DAS). Les formulaires contiennent des champs obligatoires et facultatifs ; les déclarants doivent remplir autant de champs pertinents que possible et peuvent compléter avec d’autres indicateurs ou récits pertinents.

Répondre aux demandes d’informations de la CRF

Même en l’absence d’une DOS initiale d’un professionnel, la CRF peut émettre des demandes d’informations. Les destinataires doivent répondre sans délai en utilisant les formulaires de retour d’information goAML ; les réponses peuvent être soumises en ligne ou via XML. Dans la mesure du possible, les réponses doivent être fournies dans un délai de deux semaines. Les demandes marquées « urgentes » doivent recevoir une réponse dans un délai d’une semaine, et les demandes « très urgentes » – courantes dans les contextes de financement du terrorisme – nécessitent un délai de réponse de 24 heures.

Confidentialité, interdiction de communication et protections juridiques

Une stricte interdiction de communication interdit de divulguer qu’une information a été, sera ou pourrait être déclarée à la CRF ou qu’une enquête de la CRF ou une ordonnance de gel existe. Divulguer l’existence d’une DOS, d’une demande d’information de la CRF ou d’une ordonnance de gel constitue une infraction pénale, sauf autorisation de la CRF. Des exceptions permettent la divulgation aux autorités de surveillance luxembourgeoises et à certains organismes d’autorégulation, ainsi qu’au sein de groupes où le partage transfrontalier est conforme aux politiques LBC du groupe et aux normes juridiques. Les professionnels peuvent, dans des contextes appropriés, dissuader les clients d’activités illégales sans violer l’ interdiction. La ligne directrice souligne que les déclarants agissant de bonne foi bénéficient d’une immunité contre les poursuites civiles, pénales ou administratives pour avoir fait des déclarations de bonne foi ; les documents fournis à la CRF ne peuvent pas être utilisés contre la personne déclarante pour violation d’obligations professionnelles. La CRF, dans la mesure du possible, évitera de divulguer si les informations fournies proviennent d’une DOS ou l’ identité du déclarant lors du partage avec des homologues étrangers ou des procureurs.

Conséquences pour les relations d’affaires et l’exécution des transactions

La décision de maintenir ou de mettre fin à une relation d’affaires reste celle du professionnel ; il n’y a pas d’ obligation légale automatique de mettre fin simplement parce qu’une déclaration a été déposée. Les professionnels doivent cependant s’abstenir d’exécuter des transactions qu’ils savent, soupçonnent ou ont des motifs raisonnables de soupçonner être liées au blanchiment d’argent ou au terrorisme jusqu’à ce qu’ils aient informé la CRF. Après le dépôt d’une déclaration, goAML génère un accusé de réception. Sauf si la CRF émet une ordonnance de gel, les professionnels peuvent, à leurs propres risques, décider d’exécuter la transaction une fois qu’ils ont reçu l’accusé de réception généré par le système ; une telle exécution reste de leur seule responsabilité. La CRF ne fournit pas d’autorisations ou d’avis juridiques sur les transactions, et les professionnels ne doivent pas solliciter d’autorisation transactionnelle auprès de la CRF.

Méthodologie d’identification et indicateurs

La ligne directrice encourage une approche contextuelle et structurée pour identifier les opérations suspectes. Des indicateurs uniques peuvent suffire lorsqu’ils sont particulièrement pertinents ; plus souvent, une combinaison de facteurs autrement anodins produit des motifs raisonnables de soupçon. La CRF recommande l’utilisation d’indicateurs fournis dans les formulaires goAML et d’indicateurs supplémentaires si nécessaire ; ceux-ci sont regroupés par modèles de transactions, typologies, secteurs, produits et facteurs contextuels pour aider à structurer la déclaration et permettre l’analyse des tendances. La ligne directrice renforce qu’il n’y a pas de seuil monétaire de déclaration et que même les transactions tentées doivent être déclarées lorsqu’un soupçon existe.

Sanctions en cas de non-conformité

Le défaut de déposer une DOS ou de répondre à une demande d’information de la CRF expose les professionnels à des amendes pénales allant de 12 500 EUR à 5 000 000 EUR. Des sanctions équivalentes peuvent s’appliquer en cas de divulgation illégale d’une DOS, d’une demande de la CRF ou d’ une ordonnance de gel. Les autorités de surveillance et les organismes d’autorégulation disposent de pouvoirs de sanction élargis pour faire respecter les obligations LBC/FT, y compris des mesures administratives et des sanctions professionnelles.

Implications pratiques pour les équipes de conformité

La ligne directrice de 2026 souligne plusieurs impératifs pratiques pour les fonctions de conformité.

Premièrement, assurer l’inscription obligatoire à goAML et maintenir des comptes utilisateurs validés et des responsables de conformité désignés.

Deuxièmement, équiper les systèmes de surveillance et de déclaration des transactions pour exporter du XML compatible goAML ou garantir des processus de déclaration manuelle efficaces pour les déclarations moins nombreuses ou plus petites.

Troisièmement, documenter l’analyse contextuelle qui sous-tend le soupçon, y compris les indicateurs sélectionnés et pourquoi ils appuient des motifs raisonnables – cela renforce la défendabilité des décisions de déclaration.

Quatrièmement, mettre en œuvre des contrôles internes stricts et une formation du personnel sur l’interdiction de communication et sur la manière de traiter les demandes de la CRF, y compris les délais de réponse pour les demandes ordinaires, urgentes et très urgentes.

Enfin, préserver un chemin d’escalade clair pour les cas où la décision de poursuivre ou de mettre fin à une relation soulève des questions juridiques, réglementaires ou de réputation, et solliciter des conseils juridiques externes si nécessaire sans violer les restrictions de confidentialité.

Note de conclusion

La version 2.2 harmonise les attentes procédurales et clarifie les obligations et protections pour les professionnels déclarants au Luxembourg. Elle met fortement l’accent sur la déclaration rapide, la documentation approfondie, la confidentialité protégée et la coopération avec les demandes de la CRF. Les équipes de conformité doivent examiner leur préparation goAML, leurs cadres d’indicateurs, leurs protocoles de déclaration internes et la formation du personnel pour garantir l’alignement avec la ligne directrice et atténuer les risques réglementaires et pénaux.

Les informations contenues dans cet article sont de nature générale et sont fournies à titre informatif uniquement. Si vous avez besoin de conseils juridiques pour votre situation personnelle, vous devriez consulter un avocat qualifié.
Pour aller plus loin
  • CRF ¦ Mise à jour des lignes directrices relatives aux obligations de déclaration et d’information à la CRF ¦ Link